Ecrire

Avertissement préliminaire

Je n'ai pas la prétention de me placer en maître littéraire. En tant que démocrate, je méprise profondément les maîtres. Je veux simplement défendre le type d'activité qui fait mon gagne-pain, et sur lequel on a dit un peu n'importe quoi, en rappelant au passage qu'il s'agit avant tout d'un genre concret, qui répond à certaines règles que je voudrais ici mentionner : la littérature dite "captivante".




1 / Ne rien laisser de côté

Avant d'aller plus avant dans la description des éléments qui composent ce mode d'expression bien particulier, il convient de dire qu'en littérature captivante, tout n'est pas affaire de technique. Il y a une place pour la magie, le mystère, il convient de la préserver.

Une anecdote qui est peut-être légendaire, mais qui illustre bien le propos : Sur le tournage du "Faucon maltais", Haward Hawks, le réalisateur, et son scénariste
 William Faulkner, qui ont tous les deux oublié d'être cons, se demandent si l'un des personnages du film a été tué ou s'il s'est suicidé. Faulkner admet qu'il l'ignore. Ils vont voir Chandler, l'auteur du roman et lui posent la question. Chandler répond : "Je ne sais pas, ça me dépasse".

Je veux dire par là que la littérature captivante, toute technique qu'elle est, laisse autant qu'une autre la part au mystère. Personnellement, j'ai plus d'admiration pour un Mozart que pour des compositeurs romantiques, comme Schmann ou Schubert. Dans n'importe quelle oeuvre de Mozart, on nous annonce la couleur dès le départ. C'est une cantate, un opéra, une symphonie, dans telle tonalité, et on sait que le compositeur ne va s'autoriser qu'UNE altération et une seule. Ça s'appelle jouer le jeu. Ça s'appelle l'honnêteté. Il est plus difficile (à mon avis) de gagner aux échecs sans changer les règles en cours de route. 

2 / Mais respecter les codes

Ce qui me plaît le plus, dans la littérature captivante, c'est qu'elle s'adresse à quelqu'un. Entendons-nous : écrire "pour l a jeunesse" ou "pour la ménagère de quarante cinq ans" sont, à mon avis, des fausses pistes.
Ces catégories sont récentes : les contes des Grimm ou de Perrault ne sont pas des contes "pour enfants" (il suffit de les lire pour s'en convaincre) mais des recueils d'histoires horrifiques, émouvantes, érotiques… Que les gens se racontaient au coin du feu, toutes générations confondues, quand ils n'avaient pas la télévision. 
Ces catégories sont utiles aux éditeurs, aux libraires, aux bibliothécaires. Elles ne concernent ni les lecteurs, ni les auteurs. Personnellement, je ne pense pas à "mon lecteur" quand je réponds à une commande "pour la jeunesse". En règle générale, j'emploie un lexique aussi précis que possible, mais je ne cherche pas à tout crin à placer le plus possibles de mots rares. Je veux, avant tout, être compris. Mais c'est un problème de style, c'est autre chose. 
Je veux dire par là que je refuse que l'on fasse du Lecteur un schéma caricatural et simpliste : il existe une certaine quantité d'êtres, auprès de qui mon travail va peut-être produire du plaisir. Quels sont-ils ? Quel âge ont-ils ? Sont-ils socialistes ? Sont-ce des hommes, des femmes ? Ces questions n'ont aucune importance. MAIS la littérature captivante a une mission, et c'est cette honnêteté que j'aime : elle est faite pour emmener des gens.
On a beaucoup parlé, non sans mépris, de littérature de gare. En quoi des livres destinés à être lus dans les trains sont-ils méprisables ?