Blocage Déblocage

J'ai longtemps cru que la panne littéraire c'était de la rigolade, que ça n'existait pas. J'ai eu une expérience qui m'a permis de réviser mon opinion sur la question, et de comprendre quel genre de facteurs concomitants peuvent occasionner un blocage, et ce qu'il faut faire pour éviter de vivre cette expérience pénible.

J'ai eu le tort, une fois, de signer avec un éditeur qui ne convenait pas à… moi. Ce qui s'est passé, c'est qu'on ne se comprenait pas. J'ai été long avant de comprendre que cette dame, en fait, ne lisait pas les textes que je lui envoyais, mais en même temps émettait des critiques acerbes, et d'autant plus difficiles à décoder qu'elles ne correspondaient pas au textes que je lui envoyais.
Suite à cette expérience, je suis tombé dans un état de léthargie cataleptique, et je n'ai plus rien écrit pendant plusieurs mois. Avec le recul, je pense que les facteurs qui ont créé cet état traumatique sont :

- 1 / La dramatisation : l'éditeur en question était un "gros" éditeur, du moins plus gros que ce que je m'attendais à rencontrer comme partenaire à cette époque. Il avait des attentes en termes de ventes plus importantes que ce que j'étais en mesure d'offrir, et au début, les gens là-bas aimaient mon texte, et fantasmaient un peu dessus.
- 2 / L'absence de dialogue technique : je me suis aperçu assez vite que, ce qui nous empêchait de parler correctement ensemble, c'était entre autres, le fait que mon interlocuteur ne maîtrisaient pas du tout les questions techniques, éprouvait même un certain dégoût face à ce genre de choses, au point de ne pas faire la différence entre un présent de l'indicatif et un passé simple. Ça n'aide pas.

Quand on est comme ça tiraillé entre l'idée qu'il faut faire attention, parce que ouh là là c'est grave, et d'un autre côté, que des problèmes se soulèvent, mais qu'on n'a pas les moyens de comprendre de quoi il s'agit exactement, on entre en état de panne.

Du coup la solution c'est :

1 / Dédramatisation du geste : J'entends souvent des gens me dire : "J'ai essayé d'écrire, mais je n'y arrive pas, c'est nul !" En fait, c'est normal. Il y a une grande différence (les surréalistes l'ont bien montré) entre un premier jet, ce qui vient tout seul, et une version définitive. Le premier jet, c'est nul. Et je vais vous dire une chose qui ne rassurera peut-être pas tout le monde : ça ne s'améliore pas avec le temps. Il faut s'habituer à l'idée, c'est tout. Le premier jet est souvent mauvais, mais le travail ne peut que l'améliorer. Jusqu'au moment où l'on ne trouve pas mieux, où rien ne vous choque plus dans ce que vous avez sous les yeux. Alors, vous êtes tout simplement arrivé au point le plus haut ou peuvent vous conduire vos compétences. Le devoir d'un écrivain n'est pas, à mon avis, d'écrire des chefs d'œuvres. Si chaque écrivain se contentait d'essayer de publier seulement les meilleurs textes qu'il est capable de produire, ce serait déjà pas mal.
2 / Equité, tolérance, compréhension mutuelle : si votre partenaire de travail, celui qui est payé pour vous lire, vous engueule quand vous lui faites lire un texte qui ne lui plaît pas, changez de partenaire. Essayez de tenir le plus longtemps possible, faites lire vos textes le plus tard possible, mais sache aussi qui le devoir, le métier, le boulot d'un éditeur est de vous encourager à écrire plus en mieux. Il n'a pas à vous faire sentir qu'il a passé du temps à lire texte, pour la simple raison que, quoi qu'il arrive, vous aurez toujours passé beaucoup plus de temps à l'écrire que lui à le lire.

En dehors de ces raisons que je qualifierais d'externes, on passe souvent par des périodes de mou, où 'on va à la machine avec un peu moins d'entrain, où l'on se trouve moins productif et moins efficace. Ça arrive aux meilleurs d'entre nous. Les réflexes que j'adopte dans des moments comme ceux-là sont :
- Prendre du recul : se demander, même au milieu d'un roman, ce qu'on veux faire exactement, ce que cette histoire raconte, la pitcher et la repitcher sont des exercices qui ne peuvent pas faire de mal.
- Lire un livre : je retrouve très souvent l'envie d'écrire, tout simplement, par le plaisir de la lecture. Un peu comme si le découragement devant l'acte d'écrire venait au fond d'un doute profond devant l'utilité, le sens de la chose. Prenez vous un petit Proust, un passage d'Homère, de Georges Perec, de Shakespeare, de Caryl Ferey, retrouvez le plaisir de la lecture, et vous verrez qu'au bout de cinq minutes, vous aurez envie d'écrire.